Distribution de prix à Nîmes

Une verve journalistique piquante, acerbe et plein d'humour !

Des plumes au vitriol - Gallica BNF

Nîmes-Journal, hebdomadaire littéraire artistique, satirique, mondain, théâtral, publiait son dernier numéro avant le conflit de 1914-1918, le 1er août 1914. À son habitude, les articles caustiques, n'épargnant pas les politiques et personnalités de notre chère cité, fleurissaient dans les colonnes du journal.
Je me suis pris, à la lecture de l'article ci-après, à rêver d'un journaliste local retraçant de la même manière une quelconque cérémonie contemporaine ... utopie, rêverie, trop d'imagination !
La plume, l'humour et la verve journalistique de nos gratteurs de papiers locaux n'ont plus la même force.
Midi-Libre, notre journal local, faisant parfois quant à lui l'effort de tremper sa plume dans le délicat produit ... (voir un exemple)
On reconnaîtra dans le texte ci-après quelques personnalités quelque peu malmenées.

Distribution de prix
Être obligé d'assister à un nombre incalculable de distributions de prix, je ne connais rien de plus barbe pour un journaliste. Des mouchoirs ! Des mouchoirs ! Voire un bain de siège. On grille, on suffoque. Aussi, j'avais pris pour principe de n'assister à aucune, lorsque mardi matin mon directeur, Jean Pickfort, me dit : "Il y a ce soir distribution de prix à l'École de nos édiles municipaux, il faudrait y aller". Ah ! zut, la barbe ! Il est écrit que chaque année je ne couperai pas à ces sales corvées ; enfin, puisque vous le voulez, patron, c'est entendu, je me sacrifierai une fois de plus.
Je me dirigeai donc, mardi soir en fumant mon cigare, vers la Mairie ; je monte les escaliers, où j'ai beaucoup de peine à passer, et j'arrive péniblement dans la salle brillamment illuminée. M. Hudelot, préfet, suivi de sa suite, pénètre dans la salle pendant que la musique joue l'Internationale que chantent les élèves. Mais ils sont fous, ma parole, dit le préfet, c'est bon pour me faire sauter, et s'avançant de la fenêtre il crie à la musique qui se trouve dans la cour : "Là ! Fermes, tas de loufoques, f...ichez vous-le quelque part, votre chant révolutionnaire. Tas de pompiers." Il vient reprendre sa place et après s'être un peu calmé, il prononce le discours d'usage.
Je dois vous avouer, tout d'abord, que j'ai sommeillé devant le flot perturbateur d'une éloquence surannée coulant lentement, telle la marche tortuanesque des glaciers du Spizberg, de la bouche encuvée de quelque vague fonctionnaire plus ou moins rémunéré.

Voici un extrait du palmarès qui, je l'espère, suffira amplement à satisfaire votre curiosité :
Prix d'honneur : Une écharpe de député et 15.000 balles pendant quatre ans à Marius VALETTE et Louis BERNARD. Après chaque proclamation de prix, la Musique des Pompiers a fait entendre les meilleurs morceaux de son répertoire.
Jean Pickfort.

Lien dans Gallica vers Nîmes Journal du 1er août 1914