Né à Perpignan le 7 octobre 1845, Gaston Vuillier est le fils naturel d’une jeune servante, Anne Pont et de Paul Vuillier, maître de forge installé à Gincla, dans la vallée de la Boulzane. À l'état civil, il est d'abord déclaré par sa mère sous le nom de Gaston Pont ; son père, du fait de la différence de milieu social qui le sépare de la mère, ne le reconnaît pas, mais consent à l'élever, avant de finalement lui octroyer son nom et sa reconnaissance en 1860, date à laquelle il épouse Anne Pont.
Gaston Vuillier passe son enfance dans les Pyrénées audoises puis devient pensionnaire au lycée de Perpignan.
En 1878, jeune peintre, il contacte la maison Hachette pour rencontrer Édouard Charton qui l'embauche comme illustrateur dans ses magazines.
À partir de 1892, c’est en Corrèze, à Gimel-les-Cascades, que Vuillier trouve son port d’attache, fasciné par la beauté des paysages de ce lieu. Il lutte farouchement en faveur de la sauvegarde et de la protection du site des cascades.
Il peint de célèbres œuvres et des autoportraits tels que Le Vocero, La Sorcière, Le Pavillon, Au bord de l'étang.
Passionné également par les pays méditerranéens, il publia des ouvrages sur la Sicile, la Tunisie, la Corse, la Sardaigne. Il s'attacha particulièrement aux Baléares, et publia en 1888 Voyage aux îles Baléares. Accueilli à plusieurs reprises par l'archiduc Louis-Salvador de Habsbourg-Lorraine dans ses propriétés de Majorque, il éprouva beaucoup de sympathie pour ce mécène, ouvert aux arts et aux sciences.
En 1898, il publie un imposant ouvrage de 390 pages intitulé La Danse (Paris, Hachette), qu'il illustre probablement lui-même.
Il est inhumé à Gimel-les-Cascades. Source : Wikipedia
Gaston Vuillier (Wikipedia)
Le Limousin a été pour moi un attachant sujet d'étude, et pendant plusieurs années, chaque automne m'y a vu revenir.
Après avoir couru tout le jour la lande ou la forêt, contemplé les cascades, erré dans les manoirs, pénétré dans les basiliques d'un autre âge, je me suis assis souvent, le soir, au coin de l'âtre du paysan. Là j'ai écouté les récits des veillées, j'ai noté des légendes, j'ai surpris des mœurs singulières qui échappent au passant.
Le Limousin est resté primitif.
Les races qui l'ont peuplé semblent conserver encore quelques-uns des traits qui les caractérisèrent aux anciens jours.
Dans la basse Corrèze, région douce et lumineuse, où, dit-on, les Kymris et les Gaëls s'établirent d'abord et que les Latins occupèrent ensuite, les gens du peuple sont ouverts et remuants, le cultivateur et le journalier accompagnent de rires et de chansons leurs travaux.
Dans le haut pays, au contraire, où fuient, sous un ciel habituellement chargé de nuées, de tristes plateaux battus par un vent éternel, les descendants des Celtes dominent, s'il faut en croire les recherches ethnographiques.
Les visages y sont sévères comme les monts et mornes comme les solitudes.
Des sources s'égouttent, là-haut, à travers les mousses, des étangs sommeillent au fond de vastes dépressions, des ruisseaux glissent dans des paysages silencieux et vont former des torrents qui bondiront, plus bas, dans des gorges sauvages.
Par la lande solitaire, au désert d'herbes rases où se tordent quelques hêtres rabougris, où se penchent quelques bouleaux frissonnants, on n'aperçoit, de loin en loin, que des pâtres isolés enveloppés dans leur cape.
Parfois un étrange convoi passe dans ces landes. C'est un prêtre à cheval conduisant un cercueil d'un hameau perdu à l'église du village. Le cortège dresse un instant sur l'horizon sa silhouette funèbre, puis il disparaît.
Le printemps, là-haut, égaie de quelques fleurs les pommiers des enclos, les bruyères des solitudes.
Dans un été fort court, le soleil est brûlant.
Le ciel d'automne seul sourit un instant aux châtaigniers, et un hiver hâtif ne tarde pas à souffler ses haleines glaciales sur les dômes et sur les plateaux.
Entre ces plateaux déshérités et la basse Corrèze féconde, des paysages d'un grand caractère décorent les vallées profondes, des cascades étonnantes tombent dans les gorges, des villages pittoresques et charmants, blottis à demi sous les feuilles, rêvent sur des promontoires de granit.
Ici les villageois ont conservé, de même que dans les landes voisines, bien des coutumes de vieux ancêtres, et s'ils ne montrent pas l'humeur gracieuse des Corréziens méridionaux, ils n'ont pas non plus la mine aussi sévère que les habitants des plateaux.
Les montagnards limousins, les plus petits hommes de France, sont laborieux, opiniâtres, un peu lourds et un peu gauches. Ils disputent leur vie à une terre ingrate.
Vers les Monédières, monts mamelonnés qui ceignent la Corrèze d'un sombre diadème, les maisons s'enfouissent dans les ravines et s'adossent à la terre afin d'être préservées un peu du vent et du froid. Plus à l'est, vers les grandes landes où le bois est rare, les paysans brûlent la tourbe des marécages, qui se consume lentement, sans flamme, en un brasier sanglant.
Leur pain est pétri d'un seigle particulier noir et rude. Leur mets habituel est le tourtou, sorte de crêpe épaisse faite avec un sarrasin sauvage, de couleur verte, de goût amer et qui ne fleurit pas, ou du moins dont la fleur n'est pas apparente. Son seul avantage est de résister aux gelées hâtives.
Nous allons au loin conquérir des peuples et nous abandonnons le cœur même de la France où la misère est pourtant bien grande et où les habitants ne demandent que du travail ; il y aurait une belle œuvre à accomplir en desséchant les marais et en rendant à l'agriculture tant de terres perdues. On ne verrait plus alors dans les foires du pays le triste spectacle de jeunes femmes, de fillettes même, vendant leur chevelure à des brocanteurs.
Car il en est ainsi aujourd'hui encore !
Dès le mois de mai jusqu'à la fin de septembre, dans toutes les foires des cantons de Tulle, La-Roche-Canillac, Lapleau, Egletons et Corrèze, on peut voir à l'étalage de marchands forains, originaires de Treignac, un assortiment d'indiennes aux brillantes couleurs. Les marchands ne cessent de crier pour attirer l'attention : Piaos ! fennas, lous piaos ! lous pialous ! pialous !... Cheveux, femmes, les cheveux ! les petits cheveux ! petits cheveux !...
A cet appel les jeunes filles s'approchent, examinent les marchandises, se laissent tenter, et un marché, dans lequel elles sont toujours dupes, est vivement conclu. Pour quelques mètres d'une mauvaise étoffe elles vont donner le trésor de leur chevelure.
Et alors, enlevant leur coiffe, dénouant leurs tresses, elles se mettent à genoux sur la terre, retenant de leurs mains les bandeaux qui parent leur front et qui ne sont pas compris dans la vente. L'homme, armé de longs ciseaux, tranche brutalement la chevelure et la suspend ensuite à son étalage, pour encourager les nouvelles venues. Il coupe quelquefois même, par surprise, les bandeaux réservés, d'où des récriminations et même des pleurs.
Ce trafic barbare s'exerce jusqu'aux portes du chef-lieu du département ; il est général dans la région montagneuse.
Que dirions-nous si l'on nous révélait de semblables coutumes chez les sauvages ? La haute Corrèze est peut-être, à certains égards, plus arriérée aujourd'hui qu'au moyen âge, car, à cette époque, les troubadours limousins faisaient parler d'eux. Ventadour, vieux nid d'aigle dominant la Luzège, près d'Égletons, fut un berceau de poètes dont la réputation s'étendit jusqu'aux cours des rois de France et d'Espagne. Longtemps les troubadours de haute lignée et les humbles ménestrels y accoururent.
On raconte que le fils du meunier, élevé dans le château, composa de si douces chansons à sa châtelaine qu'elle s'éprit follement de lui. Chassé par le vicomte de Ventadour il s'en fut errant de ville en ville, accablé de douleur, et trouva enfin un refuge auprès d'Éléonore d'Aquitaine.
Maintenant le vieux repaire qui abrita tant de poésie et tant d'amour est abandonné ; les chants des trouvères sont oubliés et le vent seul gémit dans les murailles écroulées.
Dans cette étude j'insisterai davantage sur la partie de la Corrèze comprise entre les hautes landes et le bas pays, car elle m'a paru résumer la plupart des étrangetés et des beautés du Limousin. Et afin de transmettre plus fidèlement mes impressions, je détacherai au fur et à mesure des feuillets de mon album de peintre.
On pourra retrouver tous ces textes sur le site de la Bibliothèque Numérique du Limousin, tous richement illustrés de nombreuses gravures comme certaines présentées ci-dessous.
Des lectures passionnantes, envoûtantes, propres à la découverte d'une région française longtemps bien inconnue et proposant désormais aux touristes curieux et pas uniquement consommateurs, une formidable expérience.
Une immersion dans la fontaine sacrée de Saint PierreL'invocation des saintsChazalVauzangesAuprès de la source de Saint ÉloiLa Redole à GimelRhumatisants se rendant pieds nus, aux vieilles lunes, vers les sources sacréesLe martelage de la rate