Les us et coutumes de nos ancêtres semblent parfois basées sur de vieilles traditions, des habitudes plongeant leurs racines dans la nuit des temps. Ainsi l'on retrouvera dans quelques provinces des traditions déjà en vigueur chez les grecs ou les romains, mais aussi des réflexes dictés par le bon sens et transformés en adages, dictons ou proverbes par le temps.
Nos coutumes et traditions, usages et habitudes, paraissant obsolètes en nos temps où la connaissance universelle permet de comprendre un grand nombre de phénomènes, dangereuses en de multiples occasions, sont sources de renseignements sur la vie de nos aiëux et de leurs comportements quotidiens.
J'aime en lire quelques évocations glanées ça et là dans de nombreux ouvrages.
Les sorciers sont très communs en Normandie (illustration figurative)
On peut se guérir de la fièvre, en déposant une pièce de monnaie dans un endroit du bois où plusieurs chemins se croisent, et en récitant un Pater. Le premier passant qui ramasse la pièce, emporte aussi la fièvre.
Dans les Alpes-de-Haute-Provence : Les parents d'un enfant s'enquièrent, avec le plus grand soin, si le parrain et la marraine ne sont affligés d'aucune infirmité physique ou morale ; car ils sont convaincus que le filleul ne manquerait pas d'en être aussi atteint.
C'est la marraine qui désigne elle-même son compère. Lorsqu'elle vient remettre l'enfant à l'accouchée, elle lui offre six douzaines d'œufs, que celle-ci est tenue de manger, seule, avant de quitter son lit.
Dans le Périgord, lorsqu'une jeune fille va recevoir la bénédiction nuptiale, elle ne manque pas de remplir sa poche droite de millet, pour n'éprouver aucun mauvais sort la première nuit de ses noces, parce que le vilain génie qui voudrait lui nuire, serait obligé de dire autant de paroles mystiques qu'elle a mis de grains de millet dans sa poche, et qu'il ne peut en connaître le nombre.
De même, pour écarter tout maléfice, les époux doivent avoir grand soin de mettre une pièce de monnaie dans leurs souliers au moment de la célébration de leur mariage.
Dans le Cantal, lorsqu'un mari perd sa femme, ou une femme son mari, le survivant donne un repas, quelquefois même pendant que le cadavre est gisant dans la maison. Tandis que les convives, rient et chantent, on s'occupe d'arrangements pour remarier le veuf ou la veuve, et il est rare qu'on se sépare sans que quelque projet de mariage n'ait été préparé.
Dans le département des Basses-Alpes, chaque mère de famille va, le premier jour de l'an, puiser de l'eau à la fontaine. Celle qui arrive la première y dépose, sur une pierre, des prémices de son travail : soit du pain, du beurre, du fromage, etc., qu'emporte celle qui vient ensuite, en les remplaçant par une offrande destinée à celle qui suivra.
Le jour des Rameaux, dans le département du Var, les enfants attachent des fruits à des palmes ou à des branches de laurier. Thésée, à son retour de Crète, institua une semblable cérémonie en l'honneur de Bacchus et d'Ariane.
Dans la Montagne Noire, on nomme Armaciès celui qui est né le lendemain de la Toussaint, et que l'on suppose être doué alors de la faculté de seconde vue : c'est le Taishar (Taisch se traduit par clairvoyance, don de seconde vue - déformation du mot sans doute) des Écossais. Chez ce dernier peuple, on célèbre, dans la nuit qui précède la Toussaint, une fête nommée Halloween, durant laquelle il y a, disent les croyants, une sorte de trève entre l'homme et les génies, ce qui donne aux intelligences les plus vulgaires le moyen de connaître l'avenir.
Les montagnards sont tellement convaincus que la joubarbe, Sempervivum tectorum, est un préservatif contre les maladies qui tentent de s'introduire dans leurs maisons, que c'est un véritable sacrilège de leur enlever cette plante lorsqu'elle croît sur leurs murailles ou leurs toits. Lorsqu'elle est en fleur, ils en coupent les tiges, pour les disposer en croix sur la porte des étables.
Dans le Périgord chaque canton a son devin ou son sorcier, qui fait tourner le tamis pour découvrir le voleur des objets perdus ; qui guérit tous les maux et qui possède mille secrets pour obtenir de l'argent de ses dupes. Pour guérir les maux qui viennent aux lèvres, à la bouche, au visage, aux yeux etc., il souffle trois fois sur le mal et prononce quelques paroles mystiques. Pour guérir du charbon, le malade présente sa plaie, et le sorcier, resté à une distance convenable, court sur lui, une hache à la main, en faisant des grimaces et des contorsions épouvantables. Lorsque ce singulier médecin est arrivé auprès du malade effrayé, il laisse tomber son arme, se met à genoux, nu-tête, récite quelques prières, profère quelques paroles mystérieuses, fait quelques signes au patient et disparaît.
Le peuple ne doute pas que ces sorciers, à l'aide de la magie, ne puissent troubler les éléments et les saisons, faire la grêle en battant l'eau d'une fontaine, monter dans les nuages, jeter un sort sur les personnes et les animaux, les détruire à volonté, rendre les hommes languissants ou malades, et mettre la désunion dans les ménages. Ces idées sont si profondément enracinées, que la religion même ne peut les ôter. En Saintonge, les sorciers et les sorcières sont nommés Ganipotes et Genopes, et on leur attribue le pouvoir de se transformer en toutes sortes d'animaux.
Les sorciers sont très communs en Normandie, et l'on pense qu'ils se trouvent principalement parmi les bergers. C'est surtout aux avents de Noël que leur puissance est la plus redoutable, et cette époque est également celle des esprits et des revenants. Les âmes des personnes qui ont commis de grandes fautes, se montrent alors chaque nuit, aux mêmes heures, jusqu'à ce que, à force de prières et de messes, on les ait délivrées.
Autrefois les habitants de la campagne des environs de Paris, qui avaient à se plaindre du ravage des rats, s'adressaient, pour les détruire, à de prétendus magiciens. Ceux-ci composaient alors un talisman qu'ils attachaient à un bâton planté dans le champ dont on voulait expulsait les animaux dévastateurs.
L'écrit portait ces mots redoutables : "Adjuro vos omnes mures qui hic consistitis ne nihi inferatis injuriam : assigno vobis hunc agrum, in quo si vos posthac deprehendero, matrem Deorum testor, singulo vestrum in sptem frusta siscerpam." C'est à dire : "Je vous conjure tous, méchants rats qui êtes ici, de ne me faire aucun tort ; je vous défends ce champ, et si, après ma défense, je vous y retrouve jamais, j'atteste la mère des Dieux que je vous couperai chacun en sept morceaux."
Dans la Creuse, on fait toujours du pain la veille de Noël, et l'on ajoute à la fournée un gâteau fait avec soin. Ce gâteau a, dit-on, des vertus particulières ; on le met en réserve pour s'en servir en cas de maladie des hommes et des bestiaux ; et l'on croit qu'il suffit d'en faire prendre au malade une parcelle pour le guérir radicalement.
Dans la Haute-Vienne, le saint patron du village de Darnac a le privilége de guérir toutes les maladies qui affectent les différentes parties du corps. Mais si l'on a mal au bras, à la jambe, à la tête, il faut, pour être guéri, toucher le bras, la jambe ou la tête du saint, avec un peloton de laine lancé d'une certaine distance. Si l'on a manqué d'adresse la première fois, il faut lancer un second peloton, puis un troisième et d'autres encore, jusqu'à ce qu'on ait touché le membre qu'on veut atteindre, et qui correspond à celui dont on demande la guérison. Le même peloton ne peut servir qu'une fois, et le sacristain a le soin de ramasser et de garder tous ceux qui ont été lancés.