Les maçons, légendes et curiosités

Pami les aléas qui ont fait se rencontrer par-delà les années et les provinces nos ancêtres, certains, plus nomades que d'autres, jouent un rôle prépondérant : les maçons, et plus particulièrement parmi les Limousins, les Creusois.
Ne dérogeant donc pas à cette règle, on trouve entre ma branche paternelle et ma branche maternelle un maçon. Venu de sa Creuse natale, il s'est installé du côté de Château-Chinon, faisant le lien entre Morvandiaux et Limousins.
Comme pour bon nombre de métiers, les légendes et curiosités courent sur les maçons et si "Limousin" est synonyme de maçon, parce qu'à Paris, beaucoup d'ouvriers sont originaires de cette province, le maçon exerce son art dans toute la France.

Les maçons maltraitent leurs jeunes apprentis (illustration figurative)
Dans le Forez, les bons maçons sont nommés "Jean fait tout, Jean bon à tout".

À Marseille, le mauvais maçon était appelé Pasto mortier, celui qui gâche le mortier.

Les maçons maltraitent leurs jeunes apprentis qui sont des valets dont la dureté de l'apprentissage est destinée à leur assurer un bon avenir d'ouvrier puis de bon maître. Un vieil ouvrier conseillait ainsi son jeune apprenti : "A ton âge la honte n'est pas de recevoir un coup de pied, c'est de le mériter".

La profession est souvent maltraitée et on dit à toutes sortes d'ouvriers qui travaillent grossièrement et malproprement que ce sont des vrais maçons ! Au Portugal, parce que le maçon a jeté des pierres à la Sainte Vierge, on lui dit : "Pedreiro, Pedreiro, Hade ser sempre pobreto e alagrete". Pauvre et gai, le maçon chante et siffle mais ne s'enrichit guère !

En Provence on louera le maçon en disant "Alléluia per li massoun, Li courdounié soun de larroun, Li mounié soun de cresto-sac, Alléluia !

Quant à notre maçon limousin, il avait coutume de dire à propos de Saint Léonard, son patron, que le bon Dieu, avant qu'il fût bon Dieu lui demanda s'il voulait l'être à sa place. "Non, répondit Saint Léonard, cela donne trop de peine. Fouchtra ! J'aime mieux être le premier saint du paradis."

Enfin on aimait bien dire quelques proverbes ou dictons à propos de cette corporation :

Les façons plus que brusques des maçons à l’égard du jeune garçon qui les sert ne datent pas, comme on le voit, d’hier. Les Mémoires d’un ouvrier assurent que de tout temps le maçon a eu le droit de traiter son gâcheur paternellement, c’est-à-dire de le rosser pour son éducation. A la moindre infraction, les coups pleuvaient avec un roulement de malédiction : on eût dit le tonnerre et la giboulée. Un vieil ouvrier qui s’intéresse à un apprenti lui conseille de prendre ces manières en patience : Sois, lui dit-il, un vrai bon goujat, si tu veux devenir quelque jour un franc ouvrier. Dans notre métier, les meilleurs valets font les meilleurs maîtres ; va donc de l’avant, et si quelque compagnon te bouscule, accepte la chose en bon enfant ; à ton âge la honte n’est pas de recevoir un coup de pied, c’est de le mériter.
Les maçons qui, à leurs débuts dans le métier, ont été en butte à des vexations traditionnelles, ne manquent pas de les faire subir à leur tour aux enfants chargés de les servir. Un compagnon, perché à l’étage supérieur, appellera son garçon ; celui-ci monte les cinq ou six échelles, saute d’échafaudage, de poutre en poutre : « Dis-donc, gamin, dit le compagnon, va me chercher ma pipe », et la victime redescend avec la perspective de regrimper pour une raison tout aussi sérieuse. Mais quand l’apprentissage sera terminé, quand il sera compagnon, le manœuvre aura aussi un garçon pour aller quérir sa pipe ou son tabac.

Légendes et curiosités des métiers - Paul Sébillot - Gallica