Voici donc, le premier extrait, consacré, selon l’abbé MULLOIS, à la « Manière de se conduire dans les grandes circonstances de la vie … Toujours et pour tout, il y a des convenances à garder. C'est même par-là que l'on juge si un homme est honnête et bien élevé : savoir se bien tenir en toute rencontre, voilà surtout ce qui concilie le respect et l'estime ... Mais il y a dans la vie des circonstances exceptionnelles où la bonne tenue est encore plus de rigueur. Par exemple : le baptême, le mariage, une mort. C'est là surtout que l'on voit ce que vaut un homme. ». Voyons donc en premier le baptême.
Un baptême à la campagne (illustration)
Le baptême est chose solennelle et bien digne d’intérêt : un pauvre petit être vient de faire son entrée sur notre triste terre. Le voilà qui commence déjà à porter sa part des douleurs et des joies de la vie. Il faut donc l'entourer de soins et d'affections.
Le plus important des soins est de s'occuper de l'âme de l'enfant ... On sait qu'il faut le porter à l'église au plus tard dans les deux ou trois jours qui suivent sa naissance, autrement il faudrait demander à l'évêque de son diocèse la permission de le faire ondoyer à la maison ; mais le mieux est de se hâter ... La vie est si frêle dans ce pauvre petit être, il n'a presque que le souffle ... La bonne mère doit trembler jusqu'à ce qu'il soit devenu l'enfant de Dieu.
La nuit il pourrait être si facilement étouffé ... Au contraire, le baptême une fois donné, son coeur de mère peut s'épanouir en toute confiance ; l'enfant qu'on lui apporte du saint temple est un petit ange introduit dans sa maison ; lui-même a reçu de Dieu un ange pour être le gardien de sa vie … Pauvre enfant, puisse-t-il toujours conserver cette innocence dont il est revêtu ; puisse-t-il avoir de bons parents, et puisse son entrée dans la vie être le premier pas dans le chemin qui, à travers bien des épreuves, doit le conduire à une vie meilleure que celle à laquelle il vient de naître !
Le père va trouver M. le curé, lui annonce joyeusement la naissance d'un nouvel enfant, convient avec lui de l'heure à laquelle il sera baptisé, et il promet d'être meilleur chrétien afin de donner bon exemple au nouveau-né. Un homme qui a un peu de coeur se sent tout à coup porté aux idées sérieuses par la paternité. Il est des parents pour qui la naissance d'un enfant est un chagrin; le père vient d'un air piteux en annoncer la nouvelle. Autrefois un enfant était regardé comme une richesse ; aujourd'hui, c'est un embarras, on voudrait le repousser dans le néant. Ah ! Malheureux ! Savez-vous si ce n'est pas celui-là qui vous nourrira quand vous serez vieux ? Qui n'a qu'un ou deux enfants en est ordinairement mal servi. Puis la mort est là, elle peut frapper, et il ne vous reste plus personne, si ce n'est des neveux et des nièces qui passent leur temps à convoiter votre succession, à regarder si votre dos se courbe, si votre crâne perd ses cheveux, enfin, s'il y a bon espoir que vous leur laisserez bientôt votre maison et votre lit afin qu'ils puissent s'en emparer.
Et le jeune enfant grandit ...
Et les parents éduquent ...
L'éducation, c'est la science de faire de braves gens, de bons travailleurs, des hommes honnêtes et de bons chrétiens. Donnez une bonne éducation à votre enfant et je dirai c'est assez ; la première ambition des parents doit être de le doter de ce patrimoine ; il n'est pas possible à tous de laisser à leurs enfants un riche héritage, tous peuvent leur léguer une bonne éducation ; avec cela, ils se tireront toujours bien des embarras et des nécessités de la vie.
Ne confondons pas l'instruction avec l'éducation ; il y a une grande différence ; on peut être très-instruit et n'avoir pas un grain d'éducation, on peut ne savoir pas grand'chose et être très-bien élevé. Il est des parents qui disent : J'ai donné à mon enfant une très-belle éducation, il a été tant d'années à l'école, je l'ai placé dans telle classe, j'ai tant dépensé pour lui ; que pouvais-je faire davantage ? L'éducation ne s'achète guère, elle se donne surtout à la maison. Sans doute, il faut de la science ; que votre enfant sache lire, écrire et compter, aujourd'hui c'est indispensable. Comment apprendrait-il son catéchisme ? Il faut. qu'il puisse écrire et recevoir une lettre, régler un petit compte, faire une bonne lecture, chanter à l'église ; mais ce petit bagage de science n'est pas le moins du monde ce qu'on appelle vraiment une bonne éducation. Cette science ne doit lui être donnée qu'en proportion de sa fortune et du besoin de la profession qu'il doit exercer.
La bonne éducation ne consiste pas en beaucoup de paroles, encore moins dans des coups multipliés.
Il est des personnes qui vous disent : Je veux que mon fils soit bien élevé ; je lui ordonne ceci, je lui défends cela, je lui répète cent fois la même chose. Hélas ! c'est bien quatre-vingt quinze fois de trop. D'autres vont plus loin et vous disent naïvement : Quand mon enfant me désobéit, je lui fais plus de jurons sur le corps qu'il n'a de cheveux sur la tête ; j'entends qu'il soit bien élevé. Je ne sais ce que vous entendez, mais je suis sûr d'une chose, c'est que vous n'entendez rien du tout à l'éducation. Que dire des corrections ? On se met en colère, on frappe à tort à travers brutalement, sans mesure et sans précaution, au risque de blesser ; au lieu de lui faire comprendre que c'est une nécessité, qu'on regrette de la subir, on fait croire à l'enfant que c'est caprice, colère, haine même ; on perd son affection et on l'abrutit. A l'avenir, l'enfant sera dans la position de ce brave chiffonnier qui n'avait conservé de son père que le souvenir des calottes qu'il en avait reçues.
Un jour, une femme châtiait son enfant ; elle était en colère, c'était une vraie furie ; elle frappait à coups de pied, à coups de poing; naturellement, l'enfant criait, et, à chaque coup, la mère lui répétait : Vas-tu te taire ! il n'en pouvait rien faire ; celle-ci, pour aller plus vite, ôte son sabot de son pied, solide sabot, ma foi, et se met en train d'en caresser les joues et la tête de son fils. Un prètre qui, d'aventure, passait par là, mit fin '
à la scène; il était temps, la fin n'eût pas été belle. En fait d'éducation , on ne connaît qu'une chose : la colère, des cris, des coups, une fameuse dégelée, comme on dit, et puis on croit que tout est fini ; il est même des parents qui ont toute une kyrielle d'injures à l'usage de la bonne éducation de leurs enfants, qui vont jusqu'à les appeler fils de ceci, fils de cela ... et ceci et cela ne sont pas beaux, font plus de honte aux parents qu'aux
enfants.
Le premier élément d'une parfaite éducation, c'est le bon exemple ; dites peu de chose, mais faites-le bien devant vos enfants, faites-le sans cesse, et puis rassurez-vous sur leur éducation. L'enfant imite tout, voyez-le tout petit enfant à l'église, il ne sait pas prier, mais sa mère se met à genoux, il en fait autant ; elle joint les mains, il joint les siennes ; elle prie, l'enfant agite ses lèvres.