Livre des habitants de la campagne : présentation

Extraits du livre des habitants de la campagne, des réflexions autour de la naissance, du mariage, de la mort, mais aussi de la fréquentation des mauvais endroits ou bien encore de l'art de cultiver son jardin.
Et au travers de ces lectures je me faisais réflexion de cette aptitude que nous devons avoir à évaluer les choses passées, non pas avec notre vision contemporaine, mais avec le regard d’une personne vivant à l’époque étudiée. Ce n’est pas facile, car nous rapportons et collons à toutes choses constatées nos sentiments présents.
Ce sont, bien entendu, les différentes lectures qui peuvent nous amener à cette compréhension, cette interprétation. De fait, je viens de me procurer, dans ma bibliothèque favorite, la quatrième au monde par sa beauté, le « Livre des habitants des campagnes », par M. Louis HERVÉ, et M. l’abbé MULLOIS, premier chapelain de la maison de l’Empereur, édité en 1863. (À lire dans Gallica, bien entendu !)
Cet ouvrage, dont l’ostentation est évidente … est toutefois, je pense, assez révélateur de comportements et de morales propres à ce milieu du XIXème siècle ; c’est pour cela que j’ai choisi ces quelques extraits concernant des moments de vie que tout généalogiste doit aussi pouvoir intégrer dans l'Histoire familiale.

D'après une illustration Collection Jaquet - BNF
Les habitants de la campagne - BNF collection Jaquet
Louis Hervé écrit :
Un double fléau qu'il importe d'extirper de nos mœurs actuelles, c'est l'abandon du sol par ceux qui le possèdent et l'ignorance de leur métier chez ceux qui le cultivent.
L'agriculture, ce noble métier, qui ouvre une carrière si honorable et si paisible au savoir et à l'intelligence, et si fructueuse à l'activité des bras, est encore considérée comme un travail purement matériel, grossier, étranger à la science et à la vie bourgeoise. Délaissée par les gens aisés et instruits, elle est abandonnée à de pauvres familles que le manque d'instruction et de capitaux condamne à de ruineuses routines et qui restent étrangères aux procédés les plus élémentaires de l'art agricole.
Chose surprenante ! le peuple français, réputé le plus intelligent de l'Europe, est le dernier de tous en agriculture.
La Belgique, l'Angleterre et l'Allemagne nourrissent une tête de bétail par hectare, tandis que nous en possédons une par trois hectares ; elles recueillent 25 hectolitres de blé, là où nous en récoltons 12 ou 15 ; elles emploient un capital de 500 fr. par hectare cultivé, lorsqu'en France ce capital est en moyenne de 120 à 150 francs.
Et pourtant, notre pays est certainement le plus favorisé de tous par le climat et la composition du sol. Aucune contrée de l'Europe ne lui est supérieure pour la fécondité, aucune ne l'égale pour la variété des produits.
Ajoutons que le haut prix de toutes les denrées, dû à l'insuffisance de la production et à l'active circulation des chemins de fer, permet au cultivateur intelligent d'écouler tous les produits de sa terre à des prix avantageux.
Pourquoi la quitter, cette bonne terre qui, moyennant un peu de travail et de savoir-faire, offre à tous ses enfants une vie heureuse et paisible, pour aller s'exposer aux chômages, aux maladies, aux concurrences, à tous les fléaux qui assiègent les masses laborieuses des grandes villes ?
Ah ! qu'on le sache, enfin, ou du moins qu'on se donne la peine de l'étudier, la culture rationnelle n'est ni longue à apprendre ni difficile à pratiquer.
Sans nous lancer dans les expériences de l'agronomie transcendante, nous venons offrir à l'humble chaumière, comme à la grande métairie, des procédés simples et pratiques, d'un succès assuré et constant, point coûteux surtout, au moyen desquels tous ceux qui ont une terre à cultiver peuvent, sans l'épuiser, en tirer un revenu deux et trois fois supérieur à celui que produit la culture routinière.
L'élève des bestiaux, des porcs et des animaux de basse-cour, la culture des arbres à fruits, des légumes maraîchers, des plantes industrielles, l'élève des abeilles, etc., constituent autant de spécialités où le petit cultivateur peut, avec des moyens très bornés, et proportionnés à sa condition, prospérer aussi sûrement que le possesseur d'une grande ferme.
C'est surtout à la classe des petits cultivateurs, la plus nombreuse et la plus intéressante de toutes en France, que nous adressons ce modeste traité.
Si les conseils qu'il contient étaient répandus et mis à leur portée, nous ne doutons pas qu'une amélioration considérable n'en fût le résultat immédiat, et que, grâce aux progrès des méthodes de culture, l'aisance générale n'arrêtât bientôt ce déplorable mouvement d'émigration, qui dépeuple nos campagnes pour encombrer nos villes de multitudes déclassées et misérables.
Nous avons eu surtout à cœur d'être clair, précis et catégorique dans l'exposé de nos méthodes et recettes de culture ; nous voulons qu'il n'y ait pas un seul ménage rural qui n'en puisse tirer quelque avantage.
C'est par les notabilités locales que nous désirons être présentés en cette qualité au public que nous cherchons à éclairer. MM. les propriétaires, maires, curés, instituteurs, etc., qui comprennent le bienfait souverain du progrès agricole, voudront bien, nous l'espérons, se faire nos propagateurs et nous annoncer comme un ami éprouvé et un hôte de bon conseil aux fermiers et cultivateurs qu'ils assistent de leurs avis et de leurs encouragements.
Enfin, nous voulons être le conseiller de l'âme de nos lecteurs, en même temps que nous cherchons à améliorer leur existence matérielle. Une seconde partie est consacrée à les affermir dans la vérité religieuse et dans l'amour des vertus qui en sont le fruit.
Puisse cette double tentative obtenir le succès auquel nous aspirons : le progrès des âmes dans le bien, et celui de l'aisance matérielle au sein des familles rurales.

Au sommaire :
Tome 1
INTRODUCTION
COURS D'AGRICULTURE.
I. Principes
II. Des Engrais
III. Des Défrichements
IV. De l'Exploitation agricole
V. Des Animaux de travail
VI. Du Bétail
VII. Des Étables
CULTURE DES PLANTES
VIII. Céréales
IX. Plantes sarclées
X. Plantes fourragères
XI. Prairies naturelles
XII. Plantes légumineuses farineuses
XIII. Plantes industrielles
XIV. Économie du bétail, Assolement
XV. De l'Outillage
XVI. Granges et Hangars
XVII. À la Maison
XVIII. Soin du bétail
XIX. Le Ménage - La Laiterie
XX. La Basse-Cour
XXI. Des Abeilles
XXII. Jardins et Arbres à fruits
Annuaire du cultivateur et du jardinier
Maladies des animaux

Tome 2
I. Aux habitants des campagnes
II. Avantage et dignité de la vie des champs
III. Du choix d'un état pour soi et pour ses enfants...
IV. Joies et récréations du dimanche
V. Éducation
VI. Manière de se conduire dans les grandes circonstances de la vie. — Baptême. — Mariage. — Mort
VII. Ce qu'il faut faire quand quelqu'un tombe malade
VIII. La Charité

Les deux tomes sont fort riches et intéressants, sources de présentations nombreuses et d'évocations, comme présenté plus avant, d'une société disparue mais dont les fondements continuent à hanter les mémoires collectives. À retrouver donc sur le site de la BNF, Gallica.
Les tomes sur le site de la BNF