Les dynamiteurs gardois

Entre 1897 et 1911 un certain nombre de crimes liés à la dynamite se sont déroulés dans le Gard. La plupart ont été commis dans des endroits proches de lieux où l'on utilisait souvent ce type d'explosif. La gendarmerie n'a pas toujours pu résoudre ces délits, pour certains aussi étranges et sans revendication, que d'autres ont été d'une violence inouïe dans leur utilisation.
Six petites histoires tirées des rapports de nos valeureux gendarmes, à cheval, sur le terrain certes, mais aussi entre le XIXème et le XXème siècle, accompagnées d'une recherche familiale pour certains protagonistes :

L'attentat du café des ESCALIER à Alès (illustration figurative)
Le 23 juillet 1897, les gendarmes Léon ROYER et Ernest JOYEUX, de retour de leur patrouille de nuit sur la commune de Saint-Paul-la-Coste, à quelques kilomètres d'Alès, dans le Gard, sont surpris par une détonation venant de dessous leurs chevaux, alors qu'ils sont sur la route nationale 107 bis, à hauteur de la Blaquière, sur la commune de Cendras.
Après avoir calmé leurs montures qui avaient pris le galop, ils tentèrent vainement, avec une lampe prêtée par le sieur Elie ROMAJON, un jeune homme de 27 ans, voisin du lieu, de comprendre la raison de cette détonation. Ne trouvant rien de particulier, les gendarmes remirent au lendemain la fouille plus précise des lieux. Fouille qui ne donna rien, nulle trace de brûlure, pas de capsule de cartouche de dynamite. Aucun entrepreneur de la région, interrogé par les gendarmes, n'a perdu d'explosif. Certains qu'il ne s'agit pas d'un coup de feu, les gendarmes concluent bien à une explosion de dynamite, sans intention criminelle toutefois, se réservant des poursuites ultérieures. Elie Armand ROMAJON ou ROMAZON, né le 2 avril 1870 à Cendras, est le fils de défunt Armand Florent, un cultivateur de la Blaquière et de Nancy Anaïs CHABROL. Ce dernier, âgé de 44 ans au début de la première Guerre Mondiale, obtiendra un sursis d'appel du 2 août 1914 au 9 décembre 1918, travaillant aux mines de Rochebelle à Alès.

Plus inquiétant, le 28 novembre 1898, les gendarmes découvrent près du lit de Pierre Augustin LÉVÊQUE, chez le sieur REDON, 26 cartouches de dynamite et 10 capsules de fulminate. Ce dernier, ouvrier mineur à la compagnie de Lalle, où il est venu travailler depuis son village d'origine de Vals-les-Bains, en Ardèche, prétend vouloir emporter ces explosifs, qu'il a volé à la compagnie qui l'emploie, pour faire sauter quelques rochers dans son jardin, chez lui. Pierre Augustin est condamné le 16 décembre 1898 par le tribunal d'Alès à 20 jours de prison. Dispensé du service militaire parce que fils aîné de veuve, il sera incorporé le 14 novembre 1900 puis réformé le 9 avril 1901 pour "rhumatisme articulaire chronique". Pierre Augustin ne sera jamais amnistié, il fera la campagne contre l'Allemagne et décèdera le 17 janvier 1916 à Flirey, en Meurthe-et-Moselle, mort pour la France, tué à l'ennemi avec le 261ème Régiment d'Infanterie.

Le 5 janvier 1898 à 11h00, les gendarmes Barthelemy PALMADE et Eugène LAURENT de la brigade de la Grand-Combe reçoivent la déclaration de Célestin ALCAIS, cantonnier au même lieu : "Il y a une heure à peine, je viens de trouver sur un des piliers de la passerelle en bois, sise sur le Gardon, en face la montagne du Gouffre, à la Grand-Combe, la moitié d'une cartouche de dynamite, non amorcée. Je me suis empressé de porter la cartouche à M. le Juge de Paix de cette ville, mais ce magistrat m'a déclaré qu'il fallait que je la dépose à la brigade de gendarmerie." Bien que les gendarmes se soient livrés à de nombreuses investigations dans la localité, ils n'ont pas pu découvrir l'individu qui a déposé l'explosif sur la passerelle. La cartouche, provenant de la Société Française des Poudres de Sûreté a finalement été déposée au greffe du Tribunal Correctionnel d'Alès. Célestin Jean Baptiste ALCAIS, à tort mentionné né à la Grand-Combe dans le procès-verbal, est originaire de Prades, en Lozère, où il est né le 14 novembre 1868, fils de Jean Antoine et de Rosalie ARAGON. Marié à Laval-Pradel le 27 octobre 1894 avec Léonie RICHARD, il perdra un enfant, mort-né à la Grand-Combe, le 7 juin 1895, et décèdera en son domicile 84, rue de la Galère à Nîmes, où il était employé, le 2 septembre 1906.

C'est vraisemblablement, de l'avis des gendarmes, en voulant intimider le sieur Pierre LEYDIER, qu'une bande d'énergumènes a fait sauter une cartouche de dynamite contre l'armature qui soutient sa treille, à un mètre de la porte de la maison, le 22 octobre 1902, vers deux heures du matin. Les dégâts sont matériels et ne concernent principalement que des bris de vitres. Pierre LEYDIER s'était prononcé, depuis la grève des mineurs, pour une reprise du travail, ayant en outre deux de ses frères employés comme maîtres mineurs à la compagnie houillère de Bessèges, tout laisse supposer que l'acte aurait été commis par des grévistes à des fins d'intimidation. Dans la famille LEYDIER, on est mineurs, Pierre, dont il est question ici, est un ancien mineur, reconverti dans l'épicerie au quartier de la Cantonade à Bessèges. Son père, tantôt nommé Pierre, tantôt Auguste Antoine, est décédé le 11 octobre 1861 dans la terrible catastrophe des mines de Lalle, envahies par l'eau. Pierre fils est né à Bessèges le 11 décembre 1858, sa mère est Victoire PEYROUSE. Pierre épousera Rosalie Joséphine CHARRIÈRE, la fille de Pierre, un mineur décédé le 7 septembre 1873, et de Victoire TESTUT ; le jour de son mariage, le 22 octobre 1880, à peine âgée de 16 ans, elle est la seule à signer "Joséphine CHARRIÈRE", hors les témoins. Pierre LEYDIER est décédé Maison LEYDIER, rue Léon BARRY à Bessèges, le 26 décembre 1934.

L'attentat le plus inouï fut perpétré le 16 juin 1903, à Alès, dans le café tenu par les époux ESCALIER à l'angle de la place du Lion d'Or. Ce jour-là, vraisemblablement par jalousie, Jullian AGNEL (tel que nommé dans le procès-verbal), âgé de 45 ans, journalier célibataire domicilié à Saint-Brès, fait exploser une cartouche de dynamite pour tuer Marie GERVAIS, âgée de 27 ans, domestique dans l'établissement. L'assassin est mort sur le coup, le bras droit emporté et les intestins mis à nus. Marie sera amputée du bras gauche et deux autres personnes, dont la propriétaire du café, ont reçu des blessures plus légères. Les dégâts matériels produits par l'explosion ne sont pas très importants et l'émotion produite par ce tragique événement est considérable dans Alès. Alexis Julien AGNIEL, fils de Jean Baptiste, un propriétaire âgé de 34 ans, domicilié aux Terrasses, commune de Saint-Brès, et de Marie Colombe BEYNARD, est né à Saint-Brès le 17 novembre 1858.

Le 29 août 1903, le capitaine BERCHOUD, du détachement de gendarmerie d'Aigues-Mortes reçoit la déposition de l'ouvrier télégraphiste Simon MASSEDOR qui, en montant sur un poteau où il devait placer deux fils supplémentaires au quartier de la gare, découvre deux mèches de mine de 1 mètre 50 de long, munies chacune d'un détonateur enfoncé dans un poteau à hauteur de la toiture d'une maison inhabitée servant d'entrepôt de grains à la compagnie des Salins, à 7 mètres du sol. L'état de ces deux mines fait remonter cette tentative au 24 ou 25 mai, date de la première explosion près de la porte de la Gardette. Un détonateur se trouve toujours dans un des poteaux et n'a pas pu être retiré. Les deux poteaux qui supportent 32 fils électriques et téléphoniques, s'ils étaient tombés, auraient complétement isolé la ville. Le calme règne toutefois sur la région d'Aigues-Mortes, et rien ne laisse prévoir un changement de situation. Simon MASSEDOR est né à Nîmes le 13 mai 1879, fils d'Henri Ferdinand et de Marie Madeleine LALOUZE. Alors journalier, bon pour le service mais dispensé en tant que soutien de famille en 1899, il sera incorporé le 14 novembre 1900. Passé dans l'armée territoriale le 1er octobre 1913, il sera classé non affecté de l'administration des Postes du Var en qualité d'ouvrier des lignes à Draguignan du 17 mars 1914, puis affecté spécial de la télégraphie militaire de la 15ème région le 3 mars 1924, ouvrier à Nîmes. Deux mois après l'événement d'Aigues-Mortes, Simon se mariait, à Nîmes, le 15 octobre 1903, avec Marie BONNET, une Nîmoise âgée de 23 ans, fille de Louis, un employé des Chemins de fer, et d'Elisabeth GUILLAUMET.