In genea veritas
Quelques contre-vérités
1- Destruction de documents
Les révolutionnaires français n’ont pas détruit tous les registres et les archives en France. Si, effectivement, un certain nombre d’exactions furent commises à travers le pays à cette époque-là, elles n’ont pas été à l’origine de la disparition des archives, en particulier les registres paroissiaux tenus par les curés de nos villes et villages. Quelques épisodes de vengeance auprès de châtelains locaux ont provoqué la disparition de papiers dans lesquels les gens du pays voyaient un pouvoir qui leur porterait du tort, ou bien encore cette destruction pourrait permettre un oubli de paiement d’impôts ... Les tenues en double des registres des baptêmes, des mariages et des sépultures, ont permis de conserver un suivi depuis de nombreuses années. Les actes de guerre ou d’émeutes ont commis beaucoup plus de dégâts parfois ; preuve en est la destruction de l’état-civil parisien, brûlé en deux endroits, ayant complètement disparu. Sa patiente reconstitution à partir de multiples autres pièces d’archives est un énorme travail qui a mobilisé et mobilise de nombreuses personnes. Plus près de nous, pendant la première guerre mondiale, les nombreux bombardements ayant entraîné la destruction de villes et villages du Nord de la France, sont à l’origine de la perte d’un grand nombre d’archives. Il est donc inutile de dire que, avant la Révolution française, nous ne trouvons plus de documents. Il est vrai que ces derniers vont se raréfier avec les années, mais pour d’autres raisons que nous suivrons dans d’autres présentations.
2- Écouter les différents parents
Cette source, orale ou même écrite, est à prendre avec toutes les précautions d’usage. La mémoire familiale flanche souvent, surtout avec le temps. Elle a tendance à déformer les événements, les embellir, les cacher, les détourner. Tel grand-père se trouve oncle d’une vague cousine, tel autre frère disparaît parce que délinquant ; on oublie vite les arrière-grands-parents en les confondant avec des cousins. Je conseille vivement de ne pratiquer cette activité de recherche qu’une fois les découvertes généalogiques faites par l’intermédiaire des actes officiels. A ce moment-là, vous pourrez même guider votre interlocuteur en lui rappelant qu’untel est fils ou neveu d’un autre, que la tante qu’il évoque est celle de tel endroit etc... Vous aurez alors des informations que vous pourrez facilement analyser et relier à vos travaux. Ce n’est donc pas un refus d’écouter les parents, c’est une action à entreprendre en un temps voulu afin de respecter recherche généalogique pure et Histoire familiale. Attention donc au Prince Russe, aux bijoux offerts par le seigneur des lieux pour faire taire la pauvre fille engrossée par ses soins, ainsi qu’au fameux Tonton d’Amérique qui ne devrait pas tarder à se manifester par ses largesses financières !
3- Le prénom comme nom de famille est signe d’un enfant trouvé
Comme étudié dans les chapitres consacrés à la création et la mise en place des noms de famille tels que nous les connaissons, les prénoms font partie de cette structure au même titre que les noms tirés de lieux, de sobriquets, de métiers. Il n’y a pas de règle quant à la façon de nommer les enfants trouvés. Dans certains endroits on rencontrera des personnes préférant se servir effectivement des prénoms, parfois sans véritable nom de famille : « Aujourd’hui est né Mathieu », ou bien encore deux prénoms. Ailleurs on se référera à l’Histoire, et les enfants se verront affubler de noms mythologiques ou de grands généraux. Enfin on pourra rencontrer des dénominations évoquant la situation de l’enfant trouvé ; ce qui sera d’ailleurs fortement déconseillé dans les temps plus modernes. Ne vous hâtez donc pas de conclure, prenez grand soin de vérifier chacun des actes de la vie et n’assénez pas cette contre-vérité à tous les RICHARD, MATHIEU, JEAN et autres MADELEINE, ils ne sont pas forcément issus d’une famille où la souche est un enfant trouvé !
4- La Généalogie est un loisir facile
Dur à dire, mais non, la généalogie n’est pas un loisir facile. Même si les millions d’informations circulant par l’intermédiaire d’Internet tendent à le prouver, la généalogie suppose un apprentissage de plusieurs disciplines, une rigoureuse application de ces dernières, un sens particulier de l’enquête et de la déduction. Dire toutefois qu’il est fort difficile de pratiquer la généalogie n’est pas non plus une vérité bonne à asséner à votre entourage, tout en leur tendant la carte de visite de votre étude de généalogiste. Dorénavant multidisciplinaire, la généalogie peut effectivement se pratiquer en butinant de l’un à l’autre de ces composants. Le résultat n’en sera qu’un patchwork, difficilement compréhensible pour le commun des mortels, sur des supports peu communicatifs avec un taux d’erreur frisant le résultat d’un sondage sur la qualité des eaux de baignade en Arctique ! La généalogie n’est pas un loisir facile et suppose donc un apprentissage, à la portée du plus grand nombre si l’on veut s’en donner la peine. Apprentissage facilité par les moyens de communication actuels mais tout aussi corrompu par les mêmes moyens ; il faut vraiment être prudent, surtout dans les conseils donnés par les tiers, bonnes âmes mais mauvais guides ... Les rumeurs, les contre-vérités, les poncifs, les habitudes font de ce milieu une source se partageant entre une rigueur et une discipline parfaitement adaptée à la recherche face à une grande fantaisie doublée d’un amateurisme supposant une attention de tous les instants quant à la véracité des faits avancés.
5- Nous descendons tous de Charlemagne
L’image qui vient tout de suite à l’esprit est Charlemagne tout en haut de notre arbre généalogique et en dessous tous nos ancêtres ... La réalité c’est plutôt quelques dizaines de milliers d’ancêtres et, au beau milieu, un Charlemagne, côtoyant allègrement paysans et bourgeois, nobles et gens de robe. De plus, arriver à prouver une quelconque filiation n’est pas chose si simple, dans la majorité des cas. Tout le monde n’a pas ce fameux ancêtre dont la noblesse permet de remonter les siècles.
Cela n’est toutefois pas vraiment impossible ; à force de compulser des dizaines d’ouvrages, de vieux actes notariés, quelques compoix ou terriers, on finit par dénicher celui ou celle qui permettra de créer cette fameuse branche noble qui nous faisait tant envie ! Bien, mais d’ici à réclamer une quelconque part de noblesse, voire prétendre au trône du royaume, parce qu’Hugues CAPET ou Charlemagne sont nos arrières grands parents, il y a une grande marge. Mettons donc notre belle descendance de côté et préoccupons-nous de nos ancêtres et familles non encore découverts, nous aurons tout le temps d’écrire dans nos futurs ouvrages que Louis VI le Gros est notre bon roi, grand-père à tous.
À moins que votre ego soit si fort que le manque de noblesse dans votre famille vous sclérose, cette aventure verra de nombreuses pistes nouvelles et une reconquête de l’Histoire au travers de disciplines que nous avions abandonnées depuis longtemps ; dans l’autre cas, attention à la falsification, aux raccourcis trop vite empruntés et aux conclusions un peu hâtives : votre noblesse risquerait d’être un peu bancale !
6- Nos ancêtres se mariaient très jeunes
De toute exagération, retenons-nous dans ce domaine. Si nous pouvons effectivement rencontrer quelques mariages dans lesquels les mariés sont fort jeunes, ce n’est pas une généralité à appliquer à tous. Notre société actuelle décale le mariage, ou l’union, et donc les naissances, dans le temps, faisant apparaître nos aïeux, évidemment, comme moins âgés lors de leur union. Au Moyen-Âge, même si l’on pouvait faire des promesses, des fiançailles, on ne peut se marier qu’à partir de 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons, la Révolution portera cette limite à 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons, de nos jours le chiffre est porté à 18 ans pour les deux sexes ; mais ces limites ne sont en aucun cas des obligations. Ces modifications révèlent bien sûr des mentalités, des habitudes, des besoins évolutifs dans la période ; le mariage n’est plus synonyme d’émancipation, d’installation sur une terre, ou, dans une situation fixe, de durée de vie moins importante. Nombre de nos aïeux, au XIXe, passaient les obligations militaires avant de se marier. Nos parents se mariaient donc plus jeunes que maintenant, mais en fonction d’une époque et d’us que nous avons décalés dans le futur ; pour retrouver des mariages d’enfants, comme nous les considérons aujourd’hui, il faudra remonter plus en arrière dans le temps. Par contre, on rencontrera beaucoup de remariages, voire très tard. Rester seul était une contrainte financière que peu arrivaient à supporter.
7- La particule « de » signe de noblesse
Non, la plupart des noms de familles nobles sont précédés de cette particule, mais on ne peut pas dire que le « de » est signe de noblesse ! Ainsi, nombreux sont les registres où les personnes sont désignées par un « de » représentant leur origine, c’est-à-dire « de » tel village, « de » telle terre, « de » tel endroit. Pierre de MARTEL est un paysan habitant le village de Martel, il n’est pas noble. On retrouvera cette manière de procéder dans la dénomination des différentes branches d’une famille noble : PRAIRE de la ROCHE, PRAIRE de MONTAUT, PRAIRE de TERRENOIRE, PRAIRE du REY … une noblesse bourgeoise où l’on pourrait presqu’évoquer l’achat des terres en ne lisant que les noms de la famille ! Cette notion de territoire définie par le « de » est d’ailleurs si présente que nous n’y faisons plus attention. Nos familles royales sont nommées de FRANCE, d’ANJOU, de POITIERS, de SAXE, de VERMANDOIS, de NORMANDIE, de PROVENCE etc … Capétiens, Bourbons, Valois avec plus ou moins la présence de la particule, Hugues CAPET, Louis de BOURBON, Marguerite de VALOIS. Reconnaissons donc que la plupart des noms nobles sont précédés de cette particule, mais ne définissons pas notre Pierre de MARTEL, paysan de père en fils, comme un baron local.
8- Nous sommes tous cousins
Contre-contre-vérité que celle-là. Car si nous sommes à peu près tous, pour une raison ou une autre des descendants d’un oncle ou d’une tante perchés sur une de nos branches communes, c’est-à-dire cousins à une quelconque génération, nous n’en demeurons pas moins aussi éloignés les uns des autres que ce que peuvent l’être les milliards d’individus vivant sur la planète. La mode généalogique aidant, et Internet en particulier, on a vite fait de trouver ce genre de parenté, et le quidam de se targuer de quelques milliers de cousins. Le terme ainsi employé permet de se situer dans une grande famille, et ainsi de retrouver des personnages communs aux différentes généalogies en les rapprochant. Par contre, tous ces gens-là sont bien loin de mes cousins, les germains, et de leurs enfants ou petits-enfants. Tout le monde reste cousin ! Mon voisin devient mon cousin, mon médecin, mon patron également. C’est un sport nouveau : trouver les relations entre des personnages tels que des politiques se présentant à une élection, des rois et des chanteurs, des sportifs et de grands criminels, afin de les faire tous cousins. Je ne mettrai donc pas de liens d’affinités à l’image que je me donne du terme de cousin employé dans le sens de parent à un degré variable, mais les conserverai pour mes proches en attendant, pour les premiers, qu’une belle cousinade me fasse rencontrer toutes ces personnes qui, dorénavant, font partie de ma famille.
9- Nos ancêtres ne bougeaient jamais
Certes, la plupart d’entre eux naissaient, se mariaient, mouraient dans le même village, la même ville. Mais il est toutefois raisonnable d’envisager la venue d’un étranger, le départ d’un membre de la famille pour de multiples raisons : religieuse, militaire, professionnelle, d’aventure, de promotion sociale, rejoindre un parent … Et si la distance réduit les chances de retrouver un ancêtre loin de la maison, elle n’en est pas rédhibitoire pour autant. J’ai eu l’occasion de réaliser quelques généalogies pour lesquelles les demandeurs portaient haut leur fierté d’appartenir à une région précise où ils étaient implantés, disaient-ils, depuis des lustres ; une fois la recherche généalogique faite, je constatais qu’ils étaient originaires de l’autre bout de la France. Les particularités et coutumes régionales, le fait de vivre en ville ou à la campagne, le niveau social provoquent plus ou moins ces migrations. L’évolution technologique, en particulier dans le domaine des transports, développera ces déplacements de population dans les derniers siècles, tout comme le fera l’exode rural et la recherche d’une meilleure vie que celle de la campagne connue par la plupart de nos aïeux. Nos ancêtres bougeaient donc, même si ce n’était que pour aller chercher compagne dans le village voisin, et leurs déplacements sont les premiers écueils rencontrés par le généalogiste amateur. Retrouver le mariage et la nouvelle installation du jeune couple hors du village natal du jeune marié est un exercice dans lequel se plaira le généalogiste.
A vos cartes !