Jean de ROCHECHOUART
Parti de Bordeaux le quatre août 1356 avec près de 7.000 hommes, le Prince Noir se mit à ravager le Sud-Ouest de la France dans le but de déstabiliser le royaume et s’emparer d’un maximum de richesses.
Jean II rassembla l’armée royale, se rendit à Chartres à la rencontre du terrible Prince qu’il ne put intercepter et la poursuite conduisit les deux armées aux portes de Poitiers au début septembre 1356.
Froissart conte ainsi :
Comment il y eut grand'occision des François devant la porte de Poitiers ; et comment le roi Jean fut pris.
Ainsi aviennent souvent les fortunes en armes et en amours, plus heureuses et plus merveilleuses que on ne les pourroit ni oseroit penser et souhaiter, tant en batailles et en rencontres, comme par follement chasser. Au voir (vrai) dire, cette bataille qui fut assez près de Poitiers, ès champs de Beauvoir et de Maupertuis, fut moult grande et moult périlleuse ; et y purent bien avenir plusieurs grandes aventures et beaux faits d'armes qui ne vinrent mie tous à connoissance. Cette bataille fut très bien combattue, bien poursuie (poursuivie) et bien chevauchée pour les Anglois ; et y souffrirent les combattants d'un côté et d'autre moult de peines. Là fit le roi Jean de sa main merveilles d'armes, et tenoit la hache dont trop bien se défendoit et combattoit.
A la presse rompre et ouvrir furent pris assez près de lui le comte de Tancarville et messire Jacques de Bourbon, pour le temps comte de Ponthieu, et messire Jean d'Artois comte d'Eu ; et d'autre part un petit plus en sus, dessous le pennon du captal, messire Charles d'Artois et moult d'autres chevaliers. La chasse de la déconfiture dura jusques aux portes de Poitiers et là eut grand'occision et grand abatis de gens d'armes et de chevaux ; car ceux de Poitiers refermèrent leurs portes et ne laissoient nullui (personne) entrer dedans : pourtant y eut-il sur la chaussée et devant la porte si grand'horribleté de gens occire, navrer (blesser) et abattre, que merveilles seroit à penser ; et se rendoient les François de si loin qu'ils pouvoient voir un Anglois ; et y eut là plusieurs Anglois, archers et autres, qui avoient quatre, cinq, ou six prisonniers ; ni on n'ouït oncques de telle meschéance parler, comme il avint là sur eux.
Le sire de Pons, un grand baron de Poitou, fut là occis et moult d'autres chevaliers et écuyers ; et pris le vicomte de Rochechouart.
Version interprétée (français moderne)
Comment il y eut un grand massacre de Français devant la porte de Poitiers, et comment le roi Jean fut pris.
Ainsi vont souvent les fortunes, à la guerre comme en amour : plus heureuses et plus étonnantes qu'on ne pourrait l'imaginer ou oser l'espérer, aussi bien dans les batailles et les rencontres que dans les poursuites menées sans retenue. À vrai dire, cette bataille, livrée tout près de Poitiers, dans les champs de Beauvoir et de Maupertuis, fut très grande et très périlleuse. Il s'y produisit bien des aventures et de beaux faits d'armes qui ne furent pas tous connus. Du côté anglais, elle fut très bien combattue, bien menée dans la poursuite et bien conduite à cheval, et les combattants des deux camps y endurèrent de grandes souffrances. Le roi Jean y accomplit de sa main des merveilles : il tenait une hache, avec laquelle il se défendait et combattait vaillamment.
Quand la mêlée se rompit et se disloqua, on fit prisonniers, tout près de lui, le comte de Tancarville, messire Jacques de Bourbon, alors comte de Ponthieu, et messire Jean d'Artois, comte d'Eu. Un peu plus loin, sous le pennon du captal [de Buch], furent pris messire Charles d'Artois et beaucoup d'autres chevaliers. La poursuite des vaincus dura jusqu'aux portes de Poitiers, et il y eut là un grand massacre d'hommes d'armes et de chevaux, car les habitants de Poitiers refermèrent leurs portes et ne laissaient entrer personne. Aussi y eut-il, sur la chaussée et devant la porte, un carnage si horrible, tant d'hommes tués, blessés et jetés à terre, qu'on aurait peine à l'imaginer. Les Français se rendaient dès qu'ils apercevaient un Anglais, si loin fût-il, et plusieurs Anglais, archers ou autres, se retrouvèrent avec quatre, cinq ou six prisonniers. Jamais on n'entendit parler d'un désastre pareil à celui qui s'abattit sur eux.
Le sire de Pons, un grand baron du Poitou, y fut tué, ainsi que beaucoup d'autres chevaliers et écuyers. Furent faits prisonniers le vicomte de Rochechouart⁽¹⁾
(1) Jean 1er, vicomte de Rochechouart, fut tué dans cette bataille (voir l'Histoire généalogique de la Maison de France, t. IV, p. 651). Robert d'Avesbury, qui nous a transmis la liste des principaux seigneurs français tués ou faits prisonniers lors de cette journée funeste, le range lui aussi parmi les morts.
• Beauvoir et Maupertuis correspondent aujourd'hui aux environs de Nouaillé-Maupertuis, au sud-est de Poitiers. La bataille a eu lieu le 19 septembre 1356.
• Le captal est le captal de Buch, Jean de Grailly, qui commandait côté anglais.
• Une contradiction à noter : Froissart dit le vicomte de Rochechouart pris, alors que la note de l'éditeur le dit tué.
(Les Chroniques de Froissart - Tome 4 - page 222). Disponible dans Gallica
Jean de ROCHECHOUART est inhumé à Poitiers, dans l'église des Dominicains où l'on voit son écu le premier en rang dans le choeur de l'église, entre ceux des seigneurs qui périrent à la bataille de Poitiers.
Son sceau, sur une quittance du 20 août 1347 est un homme à cheval, l'épée à la main, ayant un écu de ses armes et son cheval bardé de même.
Ci-dessous une vue dans le temps de Jean de ROCHECHOUART