Crime à Albussac

Parmi les archives familiales je viens de retrouver un article de presse concernant les colonies de vacances auxquelles nous participions, sous la direction de mon père et de ma mère, de fort bon gré, deux mois durant d'été, ainsi qu'un extrait d'écriture dans un vieux cahier à propos de ces fameuses "colos".
Une période Pagnolesque pendant laquelle la famille déménageait dans les Cévennes et vivait loin du monde agité de nos plages languedociennes que nous retrouvions au mois de septembre seulement, bien plus calmes.
Illustration imaginée
Accueil collectif de mineurs / Colonie de vacances (illustration libre, non contractuelle et pleinement intentionnelle)

Mai-juin 1968 / Colonies de vacances (1)
Une œuvre laïque gardoise peu connue

Il s'agit des "Amis de l'Enfance Ouvrière" dont le siège est à la Grand-Combe. Cette œuvre, créée depuis 1936 a pour but l'organisation d'une colonie de vacances. Elle est affiliée à l'UFOVAL.
Cette colonie qui peut accueillir 100 enfants se trouve à Génolhac (Gard), à une altitude de 600m au milieu de châtaigniers et de près verdoyants, loin de tout axe de communication : elle offre un cadre idéal à des vacances. Les bâtiments d'un vieux mas ont été aménagés et offrent sous notre bon climat un ensemble rustique, mais confortable.
Elle accueille les garçons et les filles de 6 à 14 ans en deux convois :
- 1er convoi du 8 juillet au 1er août soit 25 jours
- 2e convoi du 1er août au 30 août soit 30 jours
Les enfants sont pris en charge à Nîmes ou au passage à Alès et conduits en cars à la colonie.
Le prix de la pension est de 10 (dix) francs (2) par jour. Un droit d'inscription de 10f est perçu en plus.
Pour tous renseignements et inscriptions, s'adresser à SOIRAT Francis - Instituteur - Garons - Gard - Directeur de la colonie"

(1) La colonie de vacances est un lieu où les enfants se retrouvaient pour passer des vacances ensemble, encadrés par des moniteurs, personnes chargées de veiller au bon déroulement du séjour. C'est devenu des Accueils Collectifs de Mineurs, pendant lesquels les enfants doivent pratiquer des activités culturelles ou sportives avec des animateurs bardés de diplômes, formés aux méthodes les plus pointues de sécurité.
(2) 10 francs représentent à peu près 1,50 euros. Ce qui rend le premier séjour à 39 euros et le second à 46,50 euros (frais d'inscriptions compris)

Extrait d'un essai d'écriture sur les colonies de mon enfance :
Les colos qui marquèrent le plus mon enfance furent celles de Maisonneuve, à Génolhac, dans le Gard. Notre départ de la maison se faisait en deux voitures, la DS ou ID et la quatre chevaux qui servait à ma mère pour aller faire les courses parfois jusqu’à la Grand-Combe ou Alès. Souvent la quatre chevaux ne survivait pas aux traitements infligés pendant les mois en montagne, et j’en ai vu certaines servir par la suite de refuge aux bergers !

Le lieu n’avait rien d’un Club Med ou des Centres de Vacances comme ceux que l’on connaît de nos jours. C’était un vieux mas, de très belle facture, présentant un confort pratiquement nul mais d’une patine sentant bon les Cévennes et une nature foisonnante, à portée de main. On y avait adjoint, plus ou moins récemment, un beau bâtiment en préfabriqué et toiture en fibrociment, servant de dortoir pour les colons et de chambres pour le personnel séparées par des cloisons bien légères. L’été, la température y était suffocante. Face au corps de ferme, un autre bâtiment avait été aménagé pour servir d’infirmerie, de logements et divers rangements.
Il y avait donc trois bâtiments et l’on trouvait dans le plus grand, les cuisines, les réserves, les douches et lavabos, le réfectoire ; à l’étage des dortoirs pour les filles et les garçons et un demi-étage en dortoir pour les garçons. Le plancher, en bois, laissait apparaître des trous au travers desquels nous nous amusions à arroser les filles à l’étage inférieur. L’arrosage était d’ailleurs aussi réalisé par temps d’orage puisque la toiture fuyait de temps en temps et qu’il fallait déplacer les lits situés sous les gouttières. Ces jours d’orage étaient d’ailleurs spectaculaires puisque le chemin entre les bâtiments se transformait en torrent, créant des ravines empêchant le passage d’un quelconque véhicule.
Mais ce n’était pas l’infrastructure qui faisait la force du lieu. L’essentiel pour les familles était de faire partir les enfants de la maison, pour qu’ils vivent un mois au grand air. Les petits colons, âgés de 6 à 14 ans, venaient du Gard et du Nord de la France. Le mélange, très hétéroclite parfois, m’a fait connaître, bien avant une vulgarisation cinématographique, des chti et chmi que nous, méridionaux, ne comprenions pas tellement. Tant et si bien que j’ai souvent cru que Mâcon était dans le Nord car lorsque ces jeunes disaient : « T’es d’min coin », je comprenais « T’es d’Mâcon ». Il est aussi vrai que notre bel accent méridional devait leur poser bon nombre de problèmes similaires. Mais lorsqu’on est enfant, la communication n’est pas vraiment une difficulté, et nous arrivions toujours à nous entendre pour faire les quatre cents coups.

La vie de la colo était rythmée par quatre repas quotidiens : petit déjeuner, souvent échelonné sur une heure, déjeuner, goûter et dîner. L’après déjeuner était consacré à la sieste, que je n’aimais pas faire, contrairement à maintenant. Les temps du matin et de l’après-midi nous partions en promenade ou faisions quelques activités manuelles ; un soir sur deux, il y avait veillée de jeux, contes, théâtre.
A cette époque-là point de ces activités modernes faisant de nos enfants des consommateurs de vacances et non des vacanciers heureux. Parce qu’il est vrai, dans mon cas c’est avéré, que nous étions heureux. Et l’instrument de notre bonheur c’était le couteau, un Opinel n°4, 5 ou 6 selon nos moyens, que nous achetions à l’épicerie, ou au bureau de tabacs, ma mémoire défaille, de Génolhac. De nos jours je me demande si un animateur n’irait pas en prison en autorisant cela : autres temps autres mœurs. Le couteau nous permettait de fabriquer nos flèches polynésiennes, construire des cabanes, tailler nos bâtons de marche, fabriquer nos tridents pour pêcher des truites, et, à l’occasion, couper la nourriture !
Certaines activités fortement répréhensibles me rappellent un souvenir assez cocasse lorsque, avec quelques amis, nous avions pêché plusieurs truites et avions demandé aux cuisinières de les préparer pour la table du directeur. Ce jour-là les gendarmes déjeunaient à cette table. Cela ne m’impressionna guère et je fus tout heureux d’annoncer à mon père que les truites qu’ils dégustaient avaient été pêchées par nos soins dans la matinée : regard amusé de la maréchaussée et fort embarras de mon père !
Si les truites, mais rarement toutefois, ont fait partie de la nourriture servie au réfectoire, les champignons, eux, étaient plus régulièrement au menu. Je me souviens d’un été pendant lequel tous les enfants mangeaient des cèpes à quelques repas, et un nombre impressionnant de cagettes, parfois rangées sous nos lits, et dans lesquelles séchaient de monstrueuses quantités de champignons !

Maisonneuve, c’était un ensemble d’activités, simples, mettant en œuvre toute l’ingéniosité des moniteurs et des colons ; termes abandonnés de nos jours ! Nous pouvions ainsi participer à des grands jeux tels que des jeux de piste, des kermesses, jeux olympiques, chasses au trésor. Certains nous occupaient parfois plusieurs jours parce qu’il fallait préparer, construire pour les différentes activités ou bien faire des repérages sur le terrain, baliser des sites. Parfois les plus grands préparaient pour les plus petits et c’était l’occasion de prouver sa valeur, son sens des responsabilités et de l’organisation.
Parmi ces activités exceptionnelles, le feu de camp tenait une place particulière. Il nous fallait plusieurs jours pour rassembler du bois et des genêts secs afin de construire un véritable monument architectural, mesurant parfois plus de trois mètres de haut. La mise à feu se faisait un soir, vers la fin du séjour, sur le terrain dit « de football », deux buts en bois local ! Et le soir venu, toutes les personnes de la colonie se retrouvaient autour du feu qui illuminait tout le secteur, pour chanter, danser, participer à des jeux. Les plus petits allaient se coucher pas trop tard et les autres pouvaient rester et se retrouver pour évoquer les bons moments du séjour. Il est à noter que, dans mes souvenirs, ce n’est que pendant les deux dernières années qu’un camion de pompier se tenait à proximité, au cas où.
La kermesse était aussi une de ces grandes activités dont nous étions très friands, adultes comme enfants d’ailleurs. Les moniteurs rivalisaient d’imagination pour proposer des jeux tout droit sortis de cerveau surchauffés à l’air cévenol. On pouvait ainsi jouer à faire faire un parcours sur un fil de fer à une boucle, et chaque contact de la boucle avec le fil provoquait l’allumage d’une ampoule. On trouvait aussi la bête planche savonnée le long de laquelle il fallait faire remonter un gros savon de Marseille. Traditionnellement il y avait le chamboultou qui consistait à renverser des boîtes de conserves à l’aide d’une balle en chiffons, l’enfonce clous sur un beau tronc d’arbre récupéré en forêt avec différents marteaux et pointes etc. Tout le monde payait avec une monnaie locale, le colo, et bon nombre de grands aidaient et donnaient des colos aux plus petits.
Tous ces jeux, ainsi que la multitude de ceux organisés pendant les veillées supportèrent plus tard dans nos centres de vacances, sessions de formation, le terme de PJC, soit Petits Jeux Cons. Il faut avouer que si ces jeux ne font plus partie, pour des raisons liés à leur qualificatif de PJC, de la gamme des jeux proposés pendant les vacances des enfants, ils n’en demeurèrent pas moins des moments de plaisir fort recherchés.
Parmi les autres moments forts passés pendant ces mois d’été, les balades et excursions nous emmenaient des bords de l’Homol, la rivière proche, dans laquelle nous nous baignions, sans autorisation, dans une eau très très fraîche, aux sommets voisins du Mont Lozère. Nous aimions aller pique-niquer au Casquillou, nous l’appelions ainsi, une montagne qui dominait la vallée de Maisonneuve, du sommet de laquelle nous tirions nos flèches polynésiennes dans les genêts couvrant les pentes de la dite montagne. Mais ce que nous préférions c’était aller coucher aux Bouzèdes, là-haut, sur le Mont Lozère, dans une vieille grange. Nous faisions cuire sur un feu de camp, près d’une ancienne aire de battage, nos saucisses que mon père ou ma mère, voire les deux, approvisionnaient grâce à la quatre chevaux qui montaient sur ces sommets à allure sénatoriale.
Nous aimions bien aller aussi à Concoules, un village voisin, où il y avait une belle piscine, avec une température d’eau bien meilleure que celle de l’Homol. Le trajet était un peu long, mais grâce à quelques raccourcis, nous économisions un peu de la sinueuse route entre Génolhac et Concoules. Un de ces raccourcis passait par Aiguebelle, et bien sûr, inévitablement il y avait quelqu’un pour faire croire que la fameuse chocolaterie était dans ce tout petit hameau !

De ces souvenirs me reste aussi la fabrication de nos cabanes dans lesquelles nous pouvions séjourner à une bonne douzaine. Cabanes faites de grosses branches entremêlées autour de troncs de châtaigniers. Les murs et les planchers étaient couverts de fougères, les portes et les fenêtres étaient composées de feuilles de châtaigniers accrochées les unes aux autres par de minuscules brindilles. J’ai encore en tête cette merveilleuse odeur des fougères fraîchement coupées ; et quel plaisir de venir goûter ou pique-niquer dans ces constructions.
Les fins de séjours transformaient la longue route de Maisonneuve à la gare, que nous faisions à pied et parfois avec armes et bagages, en une colonne de pleureuses et de pleureurs qui promettaient de se revoir et de s’écrire, mais qui ne le faisaient jamais. Reste les souvenirs !

L’été 1968 fut le dernier passé à Maisonneuve, nous allions alors diriger nos pas un peu partout en France. Il est vrai toutefois que, pendant des années, nous sommes souvent revenus à Génolhac et allions nous promener, chercher des champignons et quelques châtaignes autour de la colo.

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L'équipe éducative en 1964
Maisonneuve / Soirat
Maisonneuve, vue du bâtiment principal. En médaillon, la famille Soirat devant le bâtiment principal de la colo