Cadet Rousselle

C'est à la douzième génération que nous rencontrons des ancêtres communs à Guillaume Joseph ROUSSEL et à votre serviteur. Guillaume n'est pas descendant de ces derniers ; ce n'est que par le jeu des unions qu'il se trouve dans cette généalogie car marié en premières noces à Jeanne SERPILLON, fille de Pierre et de Jeanne CORDELIER. Cette dernière fille de Pierre et de Jacquette BUTEAU. Les BUTEAU sont nombreux dans ma famille, Jean, marié à Jeanne GRANDJEAN, les parents de Jacquette, est le fils de Pierre et d'Emilande ROLLOT, mes ancêtres directs.
Depuis journaux l'Ardennais et Le Petit Marocain
Illustrations, originaux en noir et blanc, parues dans les journaux l'Ardennais et le Petit Marocain

L'histoire de Guillaume n'est peut-être pas très connue, la chanson qui lui fut dédié l'est sans doute un peu plus même si ces chansonnettes d'une autre époque cessent d'être interprétées. Il est vrai que si l'on s'en tient aux différents récits de la vie de Guillaume, la chanson, bien que caricaturant le personnage, laisse bien paraître une personnalité ayant traversé les siècles grâce à quelques notes de musiques et six, quatorze ou dix-sept couplets selon les versions.
L'Histoire, les multiples récits, anecdotes, chansons et autres pièces de théâtre ont parfois fait de Cadet Rousselle un acteur, un saltimbanque, un niais, voire le soldat d'un quelconque régiment engagé dans les guerres de la période révolutionnaire. Je préfère m'en tenir à une autre version, à mes yeux plus "réaliste". Le récit de Georges FRONVAL et Henri CERUTTI, paru, entre autres certainement, dans l'Ardennais et Le Petit Marocain, servant mon propos.
C'est à quelques kilomètres de l'immense lac de Vouglans, qui n'existait pas à l'époque, à Orgelet, dans le Jura, que naquit et fut baptisé le même jour, mardi trente avril 1743, Guillaume Joseph ROUSSEL, second fils de Jean Baptiste et de Marie Pierrote GIRARD, mariés trois ans plus tôt, le vingt-quatre novembre 1740 à Orgelet. On dit souvent que le premier de la famille est destiné à continuer le travail de ses parents, que le cadet entre dans les ordres et que les autres enfants se débrouillent à bien se marier, devenir militaire ou partir à l'aventure. Guillaume fit ce dernier choix. Oh, il ne partit pas à l'autre bout de la terre mais choisit une ville au climat plus accueillant, où le travail serait à sa portée, gratifiant.
C'est donc à peine âgé de vingt ans qu'il arriva à Auxerre, à quelques deux-cents kilomètres à vol d'oiseau de son village natal. Notre personnage était de nature curieuse, social et avenant. Il ne tarda pas à se placer domestique chez plusieurs notables de la ville où il s'aguerrit à la fréquentation de la population, se créa petit à petit un personnage habile parleur, joyeux drille mais néanmoins fort imbu de sa personne, captivant par ses plaisanteries et ses bons mots son auditoire. Parce qu'il savait fort bien écrire, s'étant formé aux contacts de ses récents employeurs, possédant une aisance devenue naturelle tout en cherchant une ascension sociale qu'il savait méritée, Guillaume fit une demande pour obtenir un poste au baillage d'Auxerre. Parce qu'aucun diplôme n'était exigé, que le prix de la charge était à sa portée, il obtint une place de clerc et fut rapidement confronté avec tous les problèmes, procédures et autres délibérations civiles ou criminelles. Les nombreuses recopies d'exploits, constats, jugements qu'il faisait du matin au soir, lui permirent d'acquérir une solide expérience et de nombreuses relations. L'ascenseur social lui tendait à nouveau les bras : il voulait s'établir à son compte et devenir Me ROUSSEL.
C'est à cette période que Me Gabriel BONNET, huissier audiencier au Baillage d'Auxerre, chercha un successeur. Guillaume s'y présenta, engagea des pourparlers et obtint du roi, le huit mars 1780, l'autorisation d'exercer la fonction. Cadet ROUSSEL arrivait à ses fins et ambitions, il devenait Me Guillaume ROUSSEL. Sa charge lui rapportait deux-mille livres par ans, sa simplicité et sa bonne humeur lui valait la sympathie des Auxerrois et l'installation dans une maison biscornue, qu'il ne tarda pas à agrandir selon des plans qu'il traça lui même, au six de la rue de l'Horloge, les sourires des passants.
Sa place sociale était désormais acquise. Avec sa femme, Jeanne SERPILLON, une fille du Morvan qu'il avait épousé à Paris en 1775, il menait le train des bourgeois provinciaux, laissant filer une vie dans un climat social se dégradant d'années en années au fil de nombreuses vicissitudes climatiques. C'est en septembre 1791 au moment où l'on vint demander la levée de Gardes Nationaux pour renforcer les armées aux frontières, que soixante-douze Auxerrois rejoignirent l'Armée du Nord. Voulant posséder leur propre chanson les militaires se souvinrent des couplets que l'on chantait à Auxerre et dont le héros était Me ROUSSEL. Cette chanson en parodiait une autre, celle de Jean NIVELLE, les rimes en étant facilitées. Elle devint le refrain de marche et fut interprétée le seize septembre 1792 lorsque le régiment défila porte Saint-Siméon à Auxerre. La chanson devint aussi connue que la Marseillaise qui n'était encore qu'à ses débuts et fut adoptée par de nombreuses autres unités et toute l'Armée du Nord.
À Auxerre, Me ROUSSEL, bien que désormais personnalité de la ville, n'avait pas que des amis. Bien connu pour ses excentricités il fut accusé de s'en être livré à quelques unes alors qu'il procédait à une levée de scellés chez un reclus. Dénoncé, abandonné par ses amis, il passa en jugement et ne fut reconnu ni coupable, ni innocent, le tribunal invitant les protagonistes à régler leurs affaires "en famille". Libre, Guillaume s'occupa d'organiser les fêtes révolutionnaires et retourna sur la paille humide des cachots le vingt-neuf mai 1795 pour une histoire de faux et pour avoir procédé à quelques arrestations arbitraires. Il fut libéré peu de temps après grâce à une loi d'amnistie.
Le treize janvier 1803, Guillaume perdait sa femme Jeanne SERPILLON et se remariait au mois d'avril suivant avec Reine BARON. Trois années plus tard, le vingt-six janvier 1807, Guillaume Joseph ROUSSEL modèle de Cadet ROUSSELLE, s'éteignait, laissant son nom à la postérité grâce à une chanson.

ph2 - Benjamin Smith — Travail personnel
À gauche les paroles de la chanson Cadet Rousselle avec une illustration très caricaturée. À droite la statue de Cadet Rousselle à Auxerre.
Reine BARON Naissance : 6 août 1766 Roussillon-en-Morvan Guillaume Joseph ROUSSEL Naissance : 30 avril 1743 Orgelet Décès : 26 janvier 1807 Auxerre Pierre BUTEAU N ~ 1600 D 25.12.1670 Arleuf Emilande ROLLOT N ~ 1605 D 3.4.1679 Arleuf Jean BUTEAU N 14.3.1633 Arleuf D 28.5.1704 Arleuf Jeanne GRANDJEAN N 11.11.1638 Arleuf D 8.6.1697 Arleuf Pierre SERPILLON N < 1690 D < 26.2.1726 Françoise COTTIN N < 1691 Pierre CORDELIER N 8.4.1663 Arleuf MR 17.1.1696 Arleuf D 26.10.1697 Arleuf Jacquette BUTEAU N 3.12.1668 Arleuf MR 17.1.1696 Arleuf Pierre SERPILLON Naissance : avant 1708 Mariage religieux : 26 février 1726 Arleuf Décès : 20 avril 1775 Arleuf Jeanne CORDELIER Naissance : 7 mars 1697 Arleuf Mariage religieux : 26 février 1726 Arleuf Décès : 15 décembre 1755 Arleuf Jeanne SERPILLON Naissance : 19 mars 1727 Arleuf Décès : 14 janvier 1803 Arleuf
Arbre généalogique de la descendance du couple Pierre BUTEAU et Émilande ROLLOT, ascendants directs dans la généalogie Soirat